Le Centre de Genève a appris que la police tunisienne a arrêté mercredi 22 février 2023 Issam Chebbi, secrétaire général du Parti Républicain الحزب الجمهوري التونسي, la militante Chaïma Issa, membre du Front de Salut tunisien جبهة الخلاص, une coalition de groupes d’opposition la plus large et représentative de l’opposition tunisienne. En outre, les forces de police ont encerclé le domicile du Professeur Jawher Ben M’barek qui est aussi leader au sein du Front de Salut, dans le but de l’arrêter. Ces militants sont connus par leur opposition au coup d’Etat perpétré en Tunisie le 25 juillet 2021 par le président tunisien en fonction. Les politiciens détenus sont accusés de « conspiration contre la sécurité de l’État », selon les avocats proches du dossier. Le Centre de Genève a aussi appris de sources fiables que le domicile du militant Issam Chebbi a été perquisitionné.
Le président tunisien décrit ses leaders politiques et opposants comme des criminels et des traîtres voulant nuire à la sécurité de l’État. Il a qualifié, le jour même de leur arrestation, ceux qui les soutiennent comme des associés à leurs « crimes », en qualifiant le Front de salut national représentant la majeure partie de l’opposition tunisienne et qui formait auparavant la majorité au parlement dissous illégalement par le président, d’organisation criminelle “payée” dont “la Tunisie veut se débarrasser”, un discours discriminatoire très inquiétant qui se répète depuis le 25 juillet 2023 et apporte désormais ses fruits depuis le début de l’année 2023.
Il convient aussi de rappeler que depuis le coup d’Etat annonçant l’arrêt du processus démocratique le 25 juillet 2021, le président tunisien s’est octroyé la totalité des pouvoirs, exécutifs, législatifs et judiciaires. Il dirige le pays par décrets-lois non sujets aux recours et mis en place une nouvelle Constitution très largement contestée qui a fait aussi l’objet d’un fort taux d’abstention.
Le centre rappelle que ces arrestations de nature politique s’inscrivent dans le cadre d’une nouvelle vague de répression de l’opposition lancée depuis les résultats chaotiques des législatives organisées par le président tunisien fin janvier 2023, qui ont abouti à un taux de participation historiquement bas (environ 11 %), dévoilant ainsi le mécontentement du peuple tunisien du processus non démocratique engagé depuis le coup d’Etat. Plusieurs autres leaders politiques, hommes d’affaires, journalistes et magistrats ont été arrêtés auparavant. Les Nations Unis, ainsi que l’Union européenne, ont dénoncé vivement ces mesures et ont appelé au respect de la loi et des libertés des Tunisiens.
Cela étant, le Centre appelle la communauté internationale et l’Organisation de l’Union Africaine à dénoncer vivement et fermement ce dérapage dangereux qui marque une nouvelle étape de la dérive du pouvoir tunisien en place. Contrairement à ses déclarations précédentes, le président tunisiens a démontré qu’il n’accorde aucun crédit aux libertés fondamentales et droits des tunisiens, en violation des engagements internationaux du pays et les règles fondamentales du droit constitutionnel tunisien.
Le Centre s’inquiète aussi énormément du peu de rigueur que les gouvernements européens ont manifesté face à cette dangereuse dérive, qui ne peut qu’alimenter le désordre de l’autre rive du Méditerrané et multiplier le nombre des Tunisiens qui fuient la répression et la crise sociale et économique du essentiellement à la corruption des autorités en place et son penchant vers la dictature.
D’un autre côté, le Centre dénonce la position coloniale des autorités françaises, qui continuent de soutenir les coups d’Etat dans ses anciennes colonies, comme la Tunisie, dans le but de perpétuer sa mainmise et son exploitation des richesses dans des conditions défavorables aux peuples, occasionnant délibérément la pauvreté et le désordre et provoquant les vagues de migration massive vers la rive européenne du la Méditerranée.
Enfin, le Centre de Genève appelle les bailleurs de fonds et les pays donateurs de bien saisir la différence entre l’aide à apporter au peuple tunisien qui souffre d’une crise économique et sociale sans précédent, et le soutien à un régime totalitaire soutenu par la France qui puise sa seule légitimité dans des mesures policières.