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Le discours populiste risque de ruiner l’industrie pharma en Tunisie (Partie2)

Dr Mohamed Mefteh

En plus du dommage institutionnel causé par le show populiste de la présidence tunisienne, le dégât le plus important toucherait les trois marchés de l’industrie pharmaceutique tunisienne :

  • Le marché de l’exportation 

Les entreprises tunisiennes du pharma vont se trouver discréditées vis-à-vis de leurs clients. Les marchés conquis pourraient se perdre. Les possibilités de développement vers de  nouveaux marchés seraient plus difficiles.

  • Le marché de la sous-traitance :

Les grandes firmes pharmaceutiques qui sous-traitent tout ou une partie du processus de fabrication de leurs produits vont douter de la capacité des entreprises tunisiennes à assurer la qualité requise de leurs labels qualité et pourraient devenir plus réticentes à sous-traiter auprès des laboratoires tunisiens.

  • Le marché national

Déjà souffrant du problème de la crédibilité des génériques, ce marché serait plus hostile aux produits pharma à fabrication locale et les ventes officinales des médicaments locaux serait en chute.

In fine l’objectif étant détourner l’explication de la pénurie des médicaments et trouver un « ennemi », « un traitre », « un complotiste », « un corrompu » ou un « criminel » à qui on lui impute la pénurie. La SIPHAT est présenté comme un modèle concret ou des corrompus et des criminels s’abstiennent d’approvisionner la pharmacie centrale (PCT) et les hôpitaux et se réjouissent de laisser périr les médicaments dans un lieu de stockage non approprié. Ainsi :

  •  La présidence ne veut pas reconnaitre que la quantité des médicaments objet du show n’est autre que le retour des médicaments non vendus récupérés des officines après expiration de leurs délais de validité et dont la destruction nécessite des procédures spéciales et des autorisations spéciales.
  • Elle ne veut pas reconnaitre que trois des quatre entreprises spécialisées agréés pour récupérer et traiter les déchets pharmaceutiques et hospitaliers se sont abattus, car elles n’étaient pas payées par l’Etat et que la seule entreprise restante ne peut pas récupérer et traiter tous les déchets issus des unités de fabrications pharmaceutiques du pays.
  • Elle ne veut pas reconnaitre que la SIPHAT est en difficulté financière asphyxiante et qu’elle a déjà consommé les traites remises à l’escompte avant une année de leurs échéances réelles ; ces traites lui sont émises par son client unique : la PCT.
  •  Elle ne veut pas reconnaitre que les molécules produites par la SIPHAT datent des années 90, que leur valeur ajoutée est presque nulle, et que leur prix n’a pas bougé depuis longtemps malgré la hausse des prix de tous les intrants à la production. Par ailleurs la SIPHAT n’a entamé aucune activité de développement pour déposer des nouvelles demandes d’autorisations de mise sur le marché de nouvelles molécules à haute valeur ajouté.
  • Il ne veut pas reconnaitre enfin que la SIPHAT n’a pas entrepris de nouveau investissement pour renouveler son parc de machines devenu caduc et mettre à jour ses processus de fabrication établis depuis des années.

En outre, le petit stock des produits périmés ne peut pas expliquer la pénurie de médicament notamment les médicaments vitaux. La réalité étant que cette pénurie est liée aux difficultés financières que vit la PCT. En effet, faute de financement adéquat, la PCT ne peut plus payer les laboratoires fournisseurs de médicaments, les délais de payement des factures est plus qu’une année et par conséquent la dette auprès de ces labos s’alourdie. Le retard de payement a poussé les laboratoires à rationner leurs approvisionnements de la PCT puis dans un deuxième temps, ont conditionné l’approvisionnement par un payement à l’avance.

Ajoutons que les difficultés financières de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) ont impacté les engagements de la PCT pour fournir aux assurés sociaux les médicaments relatifs aux maladies chroniques et les médicaments anti-cancéreux.  D’autre part, dans le cadre du tiers payant, ces difficultés ont impacté le remboursement des quotes-parts des officines privés. En réaction, pour garantir leurs liquidités financières, les officines privés optent plutôt à servir leurs clients qui payent cash avant les clients CNAM, ce qui leur fait sentir une pénurie dans l’offre.

Cela étant, au-delà de ce brouillard populiste néfaste, le vrai défi consiste plutôt à assurer un financement durable de la PCT, prévoir un plan de redressement et de sauvetage de la SIPHAT, et présenter un plan de développement à l’industrie pharmaceutique tunisienne par rapport aux besoins des marchés local, régional et africain. Négligent ces questions stratégiques en plongeant dans ce discours populiste mènera le secteur pharma et l’économie entier vers la catastrophe.

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