Le Centre de Genève pour la Démocratie et les Droits de l’Homme, a appris que le président du parti politique Ennahdha et président du parlement tunisien, Rached Ghannouchi, a été convoqué, aujourd’hui le mardi 21 février 2023, pour la septième fois depuis mars 2022, devant le juge d’instruction de l’unité antiterroriste du tribunal de Tunis. Cette convocation intervient quelques jours après l’arrestation d’un certain nombre d’autres dirigeants politiques et militants de tous bords politiques, ainsi que de journalistes et de militants syndicaux.
Le timing de cette convocation suscite des craintes quant à une éventuelle arrestation de M. Ghannouchi. Cette vague récente d’arrestations fait suite à l’échec du président Said à mobiliser les tunisiens pour participer aux élections qu’il a organisées fin janvier 2023. Seulement 11 % des électeurs ont participé aux élections, un niveau historiquement bas, par suite des appels au boycott de l’opposition. Avec ces arrestations, le président Said veut reprendre l’initiative et briser l’élan de son opposition. L’arrestation de M. Ghannouchi serait une étape supplémentaire et dangereuse vers une tension politique et une instabilité accrues en Tunisie.
La convocation actuelle est basée sur une accusation selon laquelle M. Ghannouchi aurait eu une conversation avec la direction du groupe terroriste interdit Ansar-Al-sharia. Le dossier actuel repose sur une déclaration d’un membre des forces de police affirmant qu’il avait un enregistrement de cette conversation. Cette personne prétend avoir remis cet enregistrement à ses supérieurs hiérarchiques sans en conserver une copie, mais ces derniers auraient ensuite détruit l’enregistrement pour protéger M. Ghannouchi.
Les supérieurs hiérarchiques de ce policier ont rejeté les accusations et nié avoir reçu cet enregistrement de lui. Au lieu de rejeter les accusations en raison de l’absence de toute preuve à l’appui, le ministre de la justice a ordonné à la poursuite d’ouvrir un nouveau dossier et de convoquer M. Ghannouchi pour l’interroger. Il y a une forte probabilité que le Magistrat, par crainte d’être limogé par les autorités exécutives, puisse recourir à la détention de M. Ghannouchi jusqu’à la fin de l’enquête, qui peut durer de quelques jours à quelques mois.
M. Ghannouchi et son parti Ennahdha ont fait l’objet d’une campagne de ciblage systématique visant à légitimer le coup d’État du président Said et à détourner l’attention publique de la crise économique rampante et des attaques continues contre la démocratie en Tunisie par le président Said et ses partisans. En fin de compte, le président Said tente d’éradiquer les partis politiques et leurs dirigeants en utilisant des dossiers fabriqués et en instrumentalisant le pouvoir judiciaire, en particulier contre Ennahdha et son leadership.
Le Centre de Genève pour la démocratie et les droits humains exprime son inquiétude face à la convocation pour la septième fois du président du parti politique Ennahdha et président du parlement tunisien, Rached Ghannouchi, devant le juge d’instruction de l’unité antiterroriste du tribunal de Tunis. Le Centre souligne que cette convocation est basée sur des accusations non étayées selon lesquelles M. Ghannouchi aurait eu une conversation avec la direction du groupe terroriste interdit Ansar-Al-sharia. Les preuves présentées semblent être fragiles et le Centre de Genève déplore que des poursuites soient lancées contre M. Ghannouchi pour des chefs d’accusation passibles de peines de prison sans preuves crédibles en fait et en droit. Le Centre de Genève souligne que ces poursuites constituent un harcèlement et une intimidation à l’encontre de Monsieur Ghannouchi et menacent la démocratie en Tunisie et les acquis en matière de droits humains, notamment le droit à la liberté d’expression.
Le Centre de Genève exhorte les autorités tunisiennes à protéger la liberté d’expression des citoyens en abandonnant leur politique d’harcèlement et d’intimidation contre les dirigeants politiques, les militants et les journalistes. Il appelle également à une enquête approfondie, impartiale et transparente sur les allégations portées contre M. Ghannouchi, garantissant ses droits à un procès équitable et à la présomption d’innocence.
Enfin, le Centre de Genève appelle la communauté internationale à suivre de près la situation en Tunisie et à soutenir les efforts visant à préserver les avancées démocratiques et les droits humains dans le pays.