L’avocat tuniso-suisse et président du Centre de Genève pour la Démocratie et les Droits humains Ridha Ajmi a assuré, lors de la conférence de presse du 1er février 2022 au club suisse de la presse à Genève, que le peuple tunisien a clarifié sa position vis-à-vis des élections en Tunisie, en boycottant les urnes les 17 décembre 2022 et le 29 janvier 2023. En effet, seulement 11 % des tunisiens se sont déplacés pour voter dimanche 29 janvier 2023, dont moins de 4 % de jeunes et de femmes. « Avec de tels chiffres, la Tunisie marque le taux de participation aux élections le plus bas de l’Afrique et le plus faible depuis la révolution tunisienne», a-t-il assuré.
Me Ajmi a indiqué aussi que les élections ont été organisées sans la participation des partis politiques, ni de la société civile, et ne peuvent en aucun cas être légitimes.
Avec les différents décrets-lois qu’il adopte pour modifier la loi électorale, Kais Saïd offre non seulement un parlement sans partis politiques et sans opposition, mais s’attaque également aux droits des tunisiens à participer aux élections. En outre, il met en place un climat général extrêmement hostile aux droits fondamentaux, puisque tous les partis politiques et les corps intermédiaires de la société civile sont aujourd’hui écartés de la vie publique.
La position de la femme s’est aussi beaucoup régressée, ajoute l’avocat tunisien : elle passe de l’occupation de la moitié des sièges du parlement à une représentation symbolique et se trouve en dehors du système électoral.
Le président du CGDDH a par ailleurs assuré que depuis le coup d’Etat en juillet 2021, Kais Saïd détient tous les pouvoirs. En effet, et après avoir suspendu le parlement, le président dirige seul le pays par des décrets-lois non susceptibles de recours en annulation. Il a aussi dissout pour décret l’Instance provisoire du contrôle de la constitutionnalité des projets de loi , tout en empêchant la mise en place de la Cour constitutionnelle, pour éviter tout contrôle constitutionnel. ” En dissolvant le Conseil Supérieur de la Magistrature, le 13 février 2022, et le remplaçant par un nouvel organe temporaire, intitulé “Conseil supérieur temporaire de la magistrature”, dont les membres, soigneusement choisis par lui seul, ont prêté serment devant lui le lundi 7 mars 2022, Kais Saïd s’attaque cette fois au pouvoir judiciaire”, affirme Me Ajmi.
Me Ajmi a cité l’exemple du décret-loi par lequel Kais Saïd a limogé 57 juges, en les accusant publiquement et sans fondements, de corruption et d’autres crimes d’honneur. “Il a accusé plusieurs juges non nommés de corruption, d’avoir retardé des affaires de “terrorisme”, de harcèlement sexuel, de collusion avec des partis politiques et d’obstruction à la justice”. Ce pouvoir de limoger les juges a été qualifié par le directeur régional de la Commission internationale des juristes, Saïd Benarbia, d’affront à la séparation des pouvoirs et à l’indépendance de la justice” :”À travers lui, l’effondrement de l’État de droit et de l’ordre constitutionnel est maintenant complet”, affirmé Me Ajmi.
Le président du CGDDh a averti aussi qu’en absence de justice autonome, la Tunisie vit actuellement le retour du laxisme de l’État qui ferme les yeux face aux cas de torture avérés auxquels sont soumis des Tunisiens de tous âges. il a rappelé que l’Organisation tunisienne de lutte contre la torture a enregistré « des violences commises même contre des enfants mineurs et a documenté des cas de violence institutionnelle visant à limiter la liberté d’expression et le droit de manifester.» Il finit par rappeler que la justice internationale et africaine a été saisie pour dénoncer les violations massives des droits humain.